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Samedi 05 Juillet 2008

Rien de plus faux !

Le FLN qui se battait depuis sept ans et trois mois ne leur enlevait pas l’Algérie. Il voulait simplement la rendre à tous les Algériens, pour peu qu’ils s’affirment en tant que tels, conformément à l’appel du 1er novembre 1954 ! Celui-ci, en effet, offrait aux Français de demeurer en Algérie et de choisir de rester Français, auquel cas ils seraient « de ce fait considérés comme étrangers vis-à-vis des lois en vigueur » ou d’opter « pour la nationalité algérienne et, dans ce cas, [(ils)] seront considérés comme tels en droits et en devoirs ». Pour la petite histoire, la mère de Jean Jacques Susini, qui n’est du reste en rien responsable des agissements de son sectateur de fils, est restée chez elle à Alger, jusqu’en 1968 ! A notre connaissance, aucun « cannibale » n’est venu au petit matin lui proposer des petits oignons, des carottes et du persil. « Nous sommes peut-être les seuls parmi les colonisés qui voient la possibilité de vivre avec leurs anciens colonisateurs », déclarait en novembre 1961 Saâd Dahlab, alors ministre des Affaires étrangères. « Ce que nous leur demandons, poursuivait-il, c’est de ne plus se considérer comme des super citoyens. Nous sommes décidés à leur accorder tous les droits qui leur permettront de s’épanouir en Algérie, même s’ils ne veulent pas être Algériens (...) Il est inconcevable de parler de démocratie, de paix, de justice si nous avons l’intention d’opprimer une minorité qui n’est pas d’origine arabe. Nous voulons que les Français qui veulent garder leurs particularismes soient entièrement libres ». Mais voilà, « les soldats du désespoir » qui se sont autoproclamés représentants – de gré ou de force – de la communauté européenne d’Algérie, n’étaient pas partageux.

Cette « armée » des ténèbres a animé et pris une part active à la machination qui visait du 21 au 25 avril 1961, rien de moins que le renversement du gouvernement du général de Gaulle et le chambard de tout son chantier. Mais l’homme qu’ils avaient eux-mêmes porté au pinacle lors de la kermesse du 13 mai 1958, en fait un coup de force de l’armée, déguisé en « retour de l’enfant prodige », ne s’en laissa pas conter et dans une exhortation pathétique – dont il maîtrise les ficelles – il en a appelé à l’esprit patriotique du peuple de France et au caractère républicain de son armée pour « barrer la route » aux factieux « avant de les réduire ». Aussitôt l’échec de la mutinerie consommé, la bête s’est tapie, attendant une heure plus propice. Elle ne restera pas longtemps en immersion. Son délire meurtrier va se déchaîner à mesure que se dessine l’issue inéluctable du combat du peuple algérien.

L’OAS agira comme une soupape, elle régulait la colère de tous ceux qui se sont estimés floués par de Gaulle. Car, la majorité des Européens d’Algérie ne se sont jamais résolus à l’idée que c’est la guerre qui a été faite au colonialisme qui a fini par triompher du système inique et saper les bases de la domination. Ceux que l’on appelait les pieds-noirs, se sont persuadés avec, bien sûr, un coup de pouce de l’appareil idéologique gaulliste, que c’est le chevaleresque et munificent « général président » qui, dans un irréfrénable élan de bonté à l’endroit des Algériens, leur a fait don d’une colonie, trahissant ainsi les Européens qui avaient placé en lui une confiance infinie. Dans leur aveuglement égocentrique et leur refus de tout dialogue avec les Algériens, depuis que leurs aïeux ont foulé la plage de Sidi Fredj, 132 années avant, ils se sont interdits de regarder en face le peuple réel de ce pays, de s’asseoir, comme on dit, vison visu et parler.

Le jaillissement tragique et brutal de ce troisième acteur qu’était l’OAS au sein d’un conflit saisissant d’horreur, en a troublé plus d’un et tout portait à croire que si cette chose n’était pas la création du gouvernement français, celui-ci ne manquait pas de s’en servir. « Je crois que de Gaulle se sert de l’OAS comme d’un instrument de pression contre nous », déclarait Saâd Dahlab à un journaliste italien de l’Unita. Pour le commandant Azeddine, qui a mené le combat pied à pied contre cette organisation à Alger, « l’OAS a été suscitée, aidée et protégée par de hauts personnages de l’Etat. Nourrie des diatribes de Debré dans Le courrier de la colère, tenue en laisse par le pouvoir gaulliste comme une force parallèle de maintien de l’ordre… » C’est dire si les reîtres qui mettaient à feu et à sang le pays, particulièrement Alger et Oran, où la population d’origine européenne était majoritaire, bénéficiaient de la longanimité des autorités tant ici qu’à Paris. Après la promulgation des accords de cessez-le feu, l’histoire va s’accélérer et gagner en tragédie.

La cessation des combats qui venait d’être proclamée par le GPRA et le gouvernement français sur l’ensemble du territoire algérien, et qui sanctionnait de longues et âpres négociations ne réglait pas un méchant démêlé entre voisins, mais il mettait un terme, du moins le croyait-on, à la guerre de décolonisation la plus violente du XXe siècle. De sa férocité sans pareille, a giclé la monstruosité dont on ne mesurera jamais assez la bestialité, tant fut intense et glacial son acharnement assassin, obscure et glauque son inhumanité. Devant cette fureur sanguinaire, pressentant sans doute l’approfondissement inévitable du drame, le GPRA avait dépêché, secrètement, du moins à l’insu de l’autorité coloniale, dès les dernières semaines de l’année 1961, une avant-garde de cadres de l’ALN. Des hommes aguerris, placés sous la direction du commandant Azeddine, ancien chef du prestigieux commando Ali Khodja (wilaya IV - zone 1), membre du CNRA et de l’état-major général. Ils se sont appliqués à organiser le combat contre cette conspiration génocidaire, calquée sur les pires organisations nazies que l’humanité, dont des milliers d’Algériens, avait eu à combattre durant la Seconde Guerre mondiale.

La réactivation de la zone autonome d’Alger (ZAA) s’est avérée une heureuse résolution. L’OAS existait, elle activait depuis plusieurs mois, puisqu’il sera dénombré 5682 attentats, tous attribués à cette organisation, entre le 1er mai 1961 et le 31 janvier 1962 ! Ils auront coûté la vie à des centaines d’innocents et blessé des milliers de personnes et ceci avant la proclamation des accords d’Evian. Ces derniers n’avaient rien prévu concernant l’OAS. Aucun dispositif de lutte contre ces extrémistes n’avait été imaginé. Trois mois séparaient le cessez-le-feu du référendum. Qui allait protéger les populations civiles de la furie destructrice ? La force locale ? Inefficace, elle était cantonnée à Rocher Noir (Boumerdès). La police, la gendarmerie, l’armée françaises ? Tous ces corps étaient gangrenés. Les « barbouzes » ? Ils protégeaient les intérêts politiques de l’Elysée. Leur envoi, écrit Si Azeddine, « correspond à un triple objectif : écraser un mouvement séditieux qui ose braver les "grandeurs élyséennes" ; polariser l’attention de l’opinion publique sur la lutte menée par ces brigades anti-OAS et par là même classant au second plan la lutte du peuple algérien sous la houlette du FLN ; faire valoir l’idée que l’indépendance serait accordée par le gaullisme après l’écrasement de l’OAS, gaullisme qui, se posant ainsi en sauveur, jettera les bases d’une politique néo-colonialiste. C’est encore une fois le paternalisme de la carotte et du bâton ».

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