Y aura-t-il un État palestinien ?
Le face-à-face Leïla Shahid, Régis Debray
Dans L’Humanité des débats du samedi 26 avril, face-à-face Leïla Shahid, déléguée générale de
Soumises à la pression militaire permanente d’Israël, les bases physiques, économiques et humaines d’un État palestinien sont en voie de disparition. Y a-t-il encore une place en Palestine pour un État palestinien ? C’est sur cette question paradoxale que se penchent nos deux invités, Leïla Shahid, représentante de l’Autorité palestinienne à Bruxelles, et Régis Debray, écrivain et médiologue (1). Il n’a pas oublié qu’il fut philosophe et a intitulé son dernier livre « Un candide en Terre sainte » (2).
Il le dédie à la fois à son vieil ami François Maspero, qui lui a donné l’idée de ce reportage « sur les pas de Jésus », et à Jacques Chirac, qui lui avait confié la mission délicate d’étudier « les coexistences ethnico-religieuses » au Proche-Orient. Régis Debray, en quête des Évangiles et de
Alors que le mouvement sioniste, lui, a concrétisé sa promesse et fêtera en mai les soixante ans d’Israël. Le printemps pour Israël, l’hiver de la « Nakba » pour les Palestiniens.
Régis Debray, quand on referme Un candide en Terre sainte, on n’est pas loin du désespoir absolu en ce qui concerne l’avenir de
Régis Debray. Dans
Face à cette réalité, je me trouve devant cette difficulté : faut-il laisser le ronron diplomatico-médiatique nous dire que « d’ici un an nous aurons deux États », que «
À mon sens, ce qui serait désespérant, c’est d’entériner cet écran de fumée. Ce serait entériner le double jeu d’un gouvernement qui s’efforce d’être consensuel à l’extérieur mais qui est implacable à l’intérieur. Et le double jeu de l’Occident qui consiste à laisser faire le plus fort en le protégeant par une série de déclarations lénifiantes. Faut-il déchirer cet écran au risque de décourager, de démoraliser nos amis palestiniens ? C’est un dilemme. Personnellement, j’écris pour mon opinion publique, pour les Français, pour les Européens et je ne veux pas qu’ils s’endorment sur de fausses certitudes.
Leïla Shahid. Je reviens d’un mois en Palestine après quatre ans d’absence, et j’ai été absolument catastrophée, effondrée, de voir combien les choses ont régressé. J’ai l’impression qu’en quatre ans, c’est devenu quasiment irréversible. À commencer par Jérusalem. Jérusalem aujourd’hui n’a plus d’existence en tant que ville arabe à l’Est, israélienne à l’Ouest. L’endroit où le mur est le plus répulsif, le plus difficile à vivre, c’est Jérusalem. Parce que, là, il est tout en béton. Ailleurs, sur ses
Deuxièmement, c’est à Jérusalem-Est que l’agrandissement de colonies a été le plus important - toutes les informations le prouvent, en particulier celles de La paix maintenant, qui a fait un remarquable travail de « monitoring » des colonies. C’est dans la tradition sioniste classique de créer des faits accomplis. Celui-là déchargera Israël de la nécessité de négocier le statut de Jérusalem. Car si cela continue, il n’y aura plus rien à négocier.
La troisième chose qui m’a beaucoup choquée, c’est l’étendue des embranchements de routes pour relier ce qu’on appelle le « ring road », le périphérique de Jérusalem, qui va pratiquement annexer toute la ville sur le plan du transport public et de l’espace. Ces embranchements ne desservent que les colonies. Il n’y a pas une seule bretelle qui aille à Beit Hanina ou dans n’importe quelle banlieue de Jérusalem-Est. L’isolement de Jérusalem de
Dans le reste de
Lorsque vous dites cela aux responsables israéliens, le plus sérieusement du monde, ils vous répondent qu’ils vont faire des tunnels sous les colonies et des ponts par-dessus, pour respecter la lettre de ce qui est inscrit dans les accords : la continuité territoriale. C’est littéralement kafkaïen, mais ils le disent sérieusement !
Les premiers à constater cet état de fait, ce sont les habitants de




