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Association Loi 1901 Développer des relations d'amitié avec l'Algérie
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Vendredi 22 Août 2008

 

Dans un article précédent, nous faisions part d’une atteinte aux libertés à l’encontre de la présidente d’une association de Blida dont nous avions reçu un message nous alertant sur sa situation et les pressions dont elle faisait l'objet. Pour plus d’informations, nous vous présentons cette association en reprenant l’article paru dans LeCap revue bimensuelle d’informations.

 

Association  Djazaïrouna .Pour que nul n’oublie

 

Pour la présidente de l’association Chérifa KHEDDAR, la date du 24 juin 1996 restera à jamais gravée dans sa mémoire. Ce jour-là, elle prend vraiment la mesure de ce que peut être la violence des terroristes et leur acharnement à semer la peur autour d'eux, quand son frère et sa sœur sont assassinés. Quelques jours avant cet assassinat, Chérifa fait un rêve qu'on pourrait qualifier de prémonitoire. Mais, plus qu'un rêve c'est une étrange sensation. Trois nuits durant, elle se réveille en sursaut, avec comme bruit de fonds, les terribles vibrations du barreaudage de la maison. Le bruit assourdissant et les vibrations, elle continue à les entendre dans se oreilles et son corps. «C'est comme si toute la maison a été ébranlée», nous raconte elle. Comment expliquer cette sensation d'un danger tapi dans l'ombre et qui ne s'était pas encore concrétisé ? Était ce un message transmis par une force inconnue ? Un avertissement de ce qui allait suivre ? Comment  expliquer qu'elle fut la seule à entendre ce bruit alors que les autres continuaient à dormir paisiblement. Le danger, n'était pas loin. Il épiait et guettait les mouvements de la famille Kheddar. Avaient- ils senti ce danger ? Il faut dire que oui car, ils avaient même commencé à déménager dans un quartier plus paisible. Mais, le destin est là qui les rattrape. Leur frère refuse de quitter sa maison, soucieuse de ne pas laisser son fils seul, la mère refuse à son tour de partir. «Avec ma sœur nous avions décidé de retourner à la maison et de braver le sort.» Le danger qui les guettait finit par s'abattre la nuit du 24 juin 1996. Deux de ses membres sont assassinés. Pour les survivants, c'est la fin d'une époque et le début d'une autre. La vie n'a plus la même saveur qu'avant. Le goût de la mort et de l'horreur laisse des traces indélébiles même si, au fil des jours et des années on finit par s'habituer à la douleur. Cherifa, elle, exprime son désarroi à travers un rêve qu'elle fait souvent. A chaque fois, elle voit que des terroristes sont chez eux pour les tuer et que son frère et sa sœur s'interposent entre eux et les défendent. Un mois après cette date fatidique, elle assiste à l'assemblée générale de l'association nationale des victimes du terrorisme à Alger. Ce à quoi elle assiste n'arrive pas à captiver son attention. «J'avais l'impression qu'il était question d'un grand gâteau et que nous étions réunis pour partager des parts.» Ce qui s'est dit au cours de cette assemblée ne répondait pas à ses aspirations, elle qui venait de perdre un frère et une sœur durant la même nuit et un oncle quelques temps plutôt. Elle aurait aimé que l'on parle des victimes et de leurs familles mais aussi de punir ceux qui semaient la terreur autour d'eux.


Naissance de Djazaïrouna

Convaincue que les propos tenus lors de cette assemblée ne sont pas pour apaiser la douleur qu'elle transportait au fond de son cœur, elle décide tout de même de tenter une deuxième chance. « Avec des amis, nous avons convenus d'écrire des recommandations et de les transmettre à l'association des victimes du terrorisme, puis d'attendre un mois encore pour voir si quelque chose de concret aura lieu.» Au bout de l'attente, il ne se produit rien. Cela les confirme dans l'idée que cette association ne répondra pas à leurs attentes. Toujours avec les mêmes amis, ils décident de passe à l'action et quelques jours après, une assemblée générale se réunit, un bureau est élu et un dossier d'agrément est déposé au niveau de la wilaya de Blida. En somme, c'est la naissance de Djazaïrouna. Cette association locale s'est fixée comme but de prendre en charge les victimes du terrorisme de la wilaya. De nombreuses victimes faut il dire car, et tout le monde le sait, cette région du pays a grandement souffert du terrorisme. Les massacres qui s'y passaient, et que la presse rapportait et détaillait, étaient à chaque fois plus affreux et rivalisaient en sauvagerie. Mais, ils n'assouvissaient pas pour autant, la soif des terroristes. Comme on le dit si bien, et si souvent, un malheur n'arrive jamais seul. A la douleur d'avoir perdu un ou plusieurs membres de leur famille, ceux qui survivent aux massacres et assassinats se retrouvent dans le dénuement le plus total. Déjà pauvres, ils se retrouvent démunies avec la perte du chef de famille ou d'un frère qui  prenait en charge les dépenses familiales. « Avant d'aller les voir, pour les soutenir dans leur malheur, il faut d'abord penser à tout ce dont ces familles ont besoin. En général, elles manquent de tout : vêtements, nourriture, couverture, etc.», confie Cherifa qui connaît si bien le dénuement de la plupart des familles en question. La générosité fait des merveilles et les gens sollicités n'hésitent pas à contribuer, chacun à sa façon. Merveilleuse solidarité qui s'accentue dans les moments difficiles. Ce n'est pas tout. A la pauvreté de ces familles il faut ajouter aussi l'ignorance. Les démarches administratives, la préparation d'un dossier pour toucher les indemnités sont des situations nouvelles pour des gens qui très peu sollicité les services de l'administration. Ces gens, il faut les aider et les assister dans leurs démarches. Des avocats bénévoles sont sollicités par l'association. Ils n'hésitent pas à mettre leur savoir au profit de ses gens qu'ils orientent dans leurs démarches. Qui dit terrorisme dit aussi traumatismes aussi bien pour les adultes que pour les enfants. La seule voie possible pour que ces victimes reprennent une vie, à peu prés normale, reste le suivi psychologique. Là aussi, l'association Djazaïrouna assure une prise en charge psychologique pour ceux et celles qui ont eu à souffrir de la perte d'un proche ou d'avoir assisté au massacre de tout un village. Faute de moyens, c'est la société algérienne de  recherches en  psychologie  qui mettait ses psychologues au service de l'association et des victimes. Donc, en plus de soutenir les familles dans leur malheur, et parfois de leur faciliter les procédures pour enterrer leurs morts, les membres de l'association aidaient ces gens du mieux qu'ils pouvaient. Mais, l'accompagnement psycho juridique, reste l'aspect le plus important car, beaucoup de victimes sont encore empêtrées dans des imbroglios juridiques ou administratifs.

 Pour une justice transitionnelle ?

Les années filent et l'impact du terrorisme se fait moins fort mais pas moins important. Est-ce pour autant une raison que ceux qui ont souffert le martyre doivent oublier ou pardonner ? Les blessures sont là, même si elles ne sont pas toujours visibles. Peut-on pardonner à quelqu'un qui a bouleversé votre vie parce que vous ne partagez pas les mêmes convictions, quelqu'un qui par la force qu'il détenait à un moment donné, a décidé de faire votre malheur. Beaucoup ont du se poser ces questions et décidé, en leur âme et conscience, qu'ils sont prêts à oublier ce qui s'est passé pour que le processus de paix aboutisse enfin. Pour l'association Djazaïrouna, il n'a pas été question d'oublier ou de pardonner. «Il faudrait d'abord que la justice tranche et que celui qui a commis un crime soit puni.» Mieux encore, avec d'autres associations, elle demande à ce qu'une «commission pour la vérité la paix et la conciliation» soit instaurée. Ce projet s'inscrit dans une optique de «justice transitionnelle» qui a fait ses preuves dans d'autres pays. C'est dans cette perspective que le 18  et 19 mars 2007, cinq associations algériennes à savoir : collectif des familles de disparus en Algérie, SOS disparus, Djazaïrouna, ANFD et Somoud, se sont réunies à Bruxelles avec le soutien de la FIDH, et en la présence de plusieurs ONG, de victimes du terrorisme, d’intellectuels, d’avocats et d’experts internationaux de la justice transitionnelle. Mais qu'est-ce que ce concept qui a fait son apparition ces dernières années ? Il faut savoir que la multiplication des conflits et crise dans de nombreux pays a donné lieu à ce nouveau concept dans les relations internationales. «Qu'il s'agisse du passage de la guerre à la paix ou d'un régime autoritaire à la démocratie, le concept de justice transitionnelle s'est imposé dans plusieurs pays comme une étape nécessaire pour passer d'un passé divisé à un avenir partagé.» Cette définition est celle fournie par le centre international pour la justice transitionnelle. Au moins, 25 commissions de vérité  ont été installées depuis 1974, la plupart se trouvent en Amérique latine. Celle de l'Afrique du sud a été, sans doute, la plus marquante dans le sens où elle a dénoncé et mis à nu les graves violations des droits de l'homme amis, aussi et surtout ceux qui étaient les commanditaires de ces violations. En attendant, l'association a lancé des ateliers sur les techniques du son et de l'image. Les jeunes qui s'y intéressent peuvent s'initier. Ce travail est la première étape avant de passer à la suite, c'est à dire l'enregistrement des témoignages à la mémoire de ceux qui sont tombés un jour sous les coups des terroristes. Un travail de mémoire pour que nul n’oublie la décennie rouge.

 

 Par Khadidja Mohamed Bouziane

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