Communiqué de l’évêque d’Oran.
Depuis 1999, des membres de l’Eglise catholique d’Oranie ont régulièrement rendu visite aux migrants subsahariens rassemblés près de Maghnia, à proximité de la frontière marocaine.
Ces visites, parfaitement connues des services de police et de gendarmerie, voulaient d’abord signifier une présence fraternelle à ces personnes dans le dénuement extrême.
Ces visites étaient parfois l’occasion de prier avec ceux d’entre eux qui étaient de religion chrétienne, spécialement au moment des grandes fêtes. A plusieurs reprises, un prêtre a été appelé par les autorités locales pour procéder à l’inhumation, au cimetière chrétien, de migrants décédés.
Ces visites permettaient aussi d’intervenir en cas de détresse physique en fournissant quelques médicaments ou en accompagnant des malades au service des urgences de l’hôpital de Maghnia où elles ont toujours été bien accueillies et bien soignées.
C’est à l’occasion de ces passages aux urgences que des liens se sont créés avec un jeune médecin de ce service qui a souhaité se rendre de temps à autre sur le terrain pour soigner les malades. Lorsque ce médecin nous accompagnait, il auscultait les éventuels malades et dressait la liste des médicaments nécessaires que nous allions acheter à Maghnia et que nous mettions à sa disposition.
Le 9 janvier dernier, le père Pierre Wallez ainsi que le médecin ont été contrôlés par la gendarmerie en possession pour l’un du matériel nécessaire au culte (qu’il n’avait pas exercé), et pour l’autre de sa trousse médicale. Ils ont été conduits à la brigade de gendarmerie où ils ont été retenus trente heures en garde à vue.
. L’accusation portée contre le prêtre est d’avoir prié avec un petit groupe de migrants subsahariens (sans célébration de la messe) le 26 décembre, lendemain de Noël (le médecin était absent ce jour-là), en dehors d’un lieu connu et autorisé comme lieu de culte. Ce fait a été considéré comme une infraction aux articles 5 et 7 de l’ordonnance du 28 février 2006 réglementant la pratique des cultes non musulmans. Les services de police et de gendarmerie savaient que depuis 9 ans la prière était assurée de temps à autre auprès des migrants non algériens et chrétiens de naissance (essentiellement des Camerounais, des Nigérians et de Ghanéens). On voit difficilement dans quel lieu autorisé des migrants sans papiers et vivant en pleine nature auraient pu se rassembler pour pratiquer leur religion.
. L’accusation portée contre le médecin est d’avoir exercé la médecine en dehors du centre public de soins dont il est responsable en ayant utilisé des médicaments et du matériel du centre de soins. Ces accusations sont sans fondement car tous les médicaments ont toujours été payés par l’Eglise catholique à titre d’aide humanitaire auprès de personnes démunies. Aucune preuve d’un détournement n’a pu être apportée autre peut-être que l‘utilisation de sparadrap ou d’ « abaisse-langue ». Le médecin a aussi fermement soutenu que non seulement il avait le droit de soigner bénévolement en dehors du centre de soins mais qu’il en avait le devoir dès lors qu’il se trouvait en présence de personnes malades et dépourvues de soins.
Par jugement en date du 30 janvier 2008, le tribunal de Maghnia a condamné le prêtre à une année de prison avec sursis et 200 000 dinars d’amende, et le médecin à deux ans de prison ferme et 200 000 dinars d’amende. L’Église catholique d’Algérie ne comprend pas une telle décision de justice prise à l’encontre de deux personnes qui n’ont fait que poser, au nom de leur conscience, des gestes religieux ou humanitaires.
Il a bien sûr été fait appel de ce jugement.
Oran, le 31 janvier 2008
L’évêque d’Oran



