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Association Loi 1901 Développer des relations d'amitié avec l'Algérie
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Samedi 20 Septembre 2008

Nous allons accueillir au début de décembre, Derri BERKANI pour la présentation au cinéma Royal de Mont de Marsan, de son film documentaire «  La Mosquée de Paris, une autre forme de résistance » et ce dans le cadre de la semaine des Droits de l’Homme. Nous le présentons à nos lecteurs.

L’Art à  la manière d’un combat

 

 

 

 

Derri Berkani a pour aïeul l’illustre Mohamed El Berkani, le bras droit de l’émir Abd El Kader, ennemi juré du maréchal de Saint-Arnault, le fossoyeur de la conquête coloniale. Derri serait né à Draâ-El-Mizan, sur les terres de l’ancêtre, ou peut-être à Paris Belleville où ses parents résistants ont pris les armes contre l’occupant nazi. Quel que soit le lieu de sa naissance, l’Histoire demeure gravée dans les strates de sa mémoire depuis cette enfance bouleversée par la disparition de son père et la déportation de sa mère à Ravensbrück, au cours de l’été 1942.

Enfant caché, il est, à l’âge de 5 ans, évacué de Paris avec les enfants juifs et recueilli en Italie par une famille aimante. Quelques années après la guerre, il retrouve sa mère mais le traumatisme jamais ne s’effacera. C’est le sujet de son premier roman «  Ne montre à personne », paru chez l’Harmattan en 1995. Après des études à Jean- Baptiste Sée à Paris entrecoupées d’un séjour à Alger qui lui fait prendre la mesure de la ségrégation coloniale, il envisage des études de cinéma. La guerre d’indépendance va différer son projet. Mobilisable, il n’envisage pas un instant de prendre les armes contre les siens et s’inscrit en faculté de médecine, un moyen sûr pour obtenir un sursis. Il milite à l’UEC (Union des étudiants communistes) et s’engage à la Fédération de France en 1959 au sein de laquelle il assure le passage des réfractaires en Allemagne et en Italie. A la fin de la guerre, son diplôme de médecin en poche, il intègre l’IDHEC(Institut des hautes études cinématographiques).

Le cinéma lui vaudra son entrée dans la tribu Rossellini et le rôle de Saint Augustin dans Agostino di Epona, le film de Roberto. Il passe sitôt après de l’autre côté de la caméra pour deux longs métrages Majorana et Poulou le Magnifique qui fut censuré en Algérie en 1964. Suivant l’exemple de son maître Roberto Rossellini, il se consacre désormais au film documentaire pour la télévision, documentaires scientifiques, sociologiques, artistiques.

A noter : La Mosquée de Paris, une résistance oubliée, un film rappelant l’aide apportée à la communauté juive par les musulmans pendant la Seconde Guerre mondiale. Une contribution à la lutte contre les haines intercommunautaires en montrant aux jeunes issus de l’immigration, d’une part, l’héroïsme et la tolérance de leurs aînés, et à la communauté juive, d’autre part, que la culture musulmane n’est pas une culture antisémite.

Ce combat pour la réhabilitation de la mémoire, la tolérance, la laïcité, il le poursuit en prenant la plume à partir de 1995. Il a publié à ce jour quatre romans dont La « Kahena de la Courtille  » en 2002 où il oppose à la terreur islamique le courage d’une jeune fille déterminée à venger ses parents assassinés, et «  Le Tournesol fou » en 2004, toujours aux éditions de L’Harmattan, dans lequel il dénonce la bleuïte qui élimina d’Algérie 3000 lettrés permettant l’assise de l’arabo- islamisme.

Aujourd’hui,Derri mène de front ses deux carrières, cinématographique et littéraire, trouvant dans cette dernière la liberté et la solitude salutaire à la poursuite de son combat.
Marie-Joëlle Rupp

 

 

 

 

 

Marie-Joëlle Rupp a publié aux Temps des cerises, en 2006, Vinci soit-il, une biographie de Claude Vinci et chez IbisPress, en 2007, Serge Michel, un libertaire dans la décolonisation. Elle est aussi l’auteur de deux portraits parus dans la revue Algérie, Littérature, Action, l’un d’Arezki Metref, L’Homme qui marchait dans sa tête, et l’autre de Derri Berkani, Le Kabyle qui aimait la mer.

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 17 Septembre 2008

L’association Sahara-Eliki recherche des sponsors

Un dromadaire parrainé, un chamelier embauché

On peut déjà parrainer des chimpanzés au Congo-Brazzaville et des zébus à Madagascar alors pourquoi ne pas parrainer un dromadaire en Algérie ?

L’association Sahara-Eliki, créée en 2006 par Alissa Descotes-Toyosaki, une Franco-japonaise, et Hamani, un guide chamelier de Djanet, recherche des sponsors pour son programme « Un chameau pour bosser », visant à donner du travail aux chameliers du Tassili Nadjer. « Comme dans tout le sud algérien, le nomadisme a disparu, car les éleveurs ont fui les sécheresses et se sont sédentarisés, nous explique Alissa. L’élevage traditionnel a été remplacé par des activités de location de chameaux pendant la saison touristique et du chômage pendant les six mois restants. Je me suis dit qu’au Japon ou ailleurs, certaines personnes seraient amusées à l’idée d’acheter un dromadaire et suivre son évolution tout en contribuant au dynamisme économique et culturel d’une région désertique. » La procédure est simple : il suffit de contacter l’association qui, selon votre budget et vos goûts (couleur, sexe…), vous propose deux ou trois dromadaires disponibles à Djanet, avec des photos. Vous l’achetez ensuite, par virement bancaire, au prix du marché, entre 350 et 500 euros et vous lui donnez un nom. Un forgeron lui fabriquera une gourmette en cuivre personnalisée avec son nom, écrit en alphabet tifinagh, et en japonais ou en latin, qu’il portera à son cou. Trois fois par an, vous recevrez des nouvelles (récits, photos, vidéos) par mail. « Il est important de sensibiliser le propriétaire à la vie dans le désert et aux problèmes que rencontrent les populations. Le chameau n’est pas un but en soi, c’est un moyen, car il symbolise toute une part de la culture touareg. » En ce qui concerne les frais d’entretien, vous pouvez, soit entreprendre vous-même un voyage en caravane sur le dos de votre animal et, dans ce cas, vous ne payez ni les frais de location ni les frais d’entretien pour l’année en cours, soit verser une cotisation de 300 euros, (25 euros par mois) pour le fourrage et le salaire du chamelier. « La sécheresse qui sévit depuis deux ans nous oblige pour l’instant à consacrer tout l’argent à la nourriture des bêtes, précise Alissa. Mais si nous avons suffisamment de participants pour nos circuits, nous pourrons embaucher des chameliers. » Quant à l’emploi du temps de votre dromadaire, il sera partagé entre le portage de touristes du mois d’octobre au mois d’avril et de longues flâneries dans les pâturages le reste de l’année.

Contact : sahara-eliki.org, alissasama@hotmail.com

Par Mélanie Matarese

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 11 Septembre 2008

El Watan du 11 novembre évoque un artiste qui pour les gens de notre génération nous rappelle la chanson « le déserteur » dont je suis certain beaucoup d’entre nous fredonnaient. Ce dont, par contre, beaucoup d’entre nous méconnaissaient c'est le parcours et les originesde l'artiste, l’occasion de le redécouvrir nous est donnée avec cet article.

 Évocation-Marcel Mouloudji : Un vrai Gavroche

 

Ce fils d’émigré algérien a été chanteur, comédien de théâtre, acteur de cinéma, écrivain, peintre et, par nécessité, éditeur de disques et de livres. En évoquant la fameuse chanson de Boris Vian, Le Déserteur, qui reste un des plus beaux hymnes à la paix, on ne peut que penser à son interprète, Marcel Mouloudji, fils d’un émigré algérien originaire du village d’El Flaye (wilaya de Béjaïa).

 

 

Faisant partie de la première vague migratoire algérienne du début du XXe siècle, le père, Saïd Mouloudji, fuyant la misère du pays, débarque en France à la fin de la Première Guerre mondiale. Il aurait exercé comme ouvrier agricole avant de devenir maçon et de s’installer à Paris. Il épouse une Bretonne connue pour être très pieuse. De cette union, naît le 16 septembre 1922, à Belleville, Marcel Mouloudji, aîné de la famille.

 

 

Outre des conditions de vie difficiles dans un logis obscur du 19e arrondissement, l’enfant assistera à la déchéance terrible de sa mère ravagée par l’alcoolisme et la folie. Son internement en asile marquera à jamais Mouloudji. Privé de cette mère, même quand elle était encore au domicile familial, il découvre très tôt les rues pauvres et dures de Paris et leur population cosmopolite et bigarrée : défavorisés, marginaux, exilés, malfrats, prostituées, artistes en bohême… Dans cet univers grouillant, où la joie arrive à germer parfois sur la misère, et où l’on ne parle que l’argot, le petit Mouloudji devient un Gavroche des temps modernes.

 

 

Très tôt, son goût pour l’expression envahit ses passions et elle lui apparaît comme le seul chemin capable de lui faire transcender ses douleurs et sa condition. Il ne sait pas encore ce qu’il sera mais il sait que ce sera pour contribuer au changement d’un monde injuste et cruel. Avec son frère, André, il écume déjà les trottoirs pour des petits boulots mais surtout pour chanter. Il a 14 ans en 1936 quand un réalisateur le remarque dans la rue, attiré par son visage particulier, sa tignasse rebelle, ses yeux tombants qui louchent un peu, sa dégaine de titi parisien. Il devient ainsi Toto dans Ménilmontant de René Guissart. Tout de suite après, il joue dans La Guerre des gosses de Jacques Daroy puis Jenny du grand réalisateur Marcel Carné. Il est déjà passionné de politique. Son père, comme de nombreux ouvriers algériens émigrés, engagés dans les luttes syndicales, est séduit par le Parti communiste français. Selon le témoignage d’un natif de son village, il aurait également été proche de l’Etoile nord-africaine, premier parti nationaliste créé en 1926 à Paris par Messali El Hadj, alors allié aux communistes. Le père, sans doute pour ne pas laisser l’enfant livré à lui-même, l’emmène avec lui aux meetings du PCF. Mouloudji, politisé de manière précoce, gardera de cette période un engagement qu’il poursuivra jusqu’à la fin de sa vie. Fasciné par les discours des leaders, les reliant affectivement aussi à son père, il restera pendant assez longtemps proche des idées de ce parti auquel il n’aurait jamais adhéré, réfractaire aux embrigadements et ouvert à toutes les gauches. Au début de son adolescence, il entre dans une association créée par le parti et destinée aux jeunes : les Faucons Rouges.

 

 

Là, il esquisse le dessin de son existence fondée sur l’art et l’engagement, en créant au sein de l’association un groupe artistique. Cette activité lui permet d’entrer en contact avec des personnages : Sylvain Etkine, metteur en scène dans le groupe Octobre, dépendant de la Fédération des théâtres ouvriers de France, Jean-Louis Barrault, futur sociétaire de la comédie française, Roger Blin, grand acteur et metteur en scène de théâtre… Deux autres rencontres seront déterminantes pour lui, celle avec l’écrivain Marcel Duhamel qui l’encourage, l’introduit et lui fait découvrir la littérature et celle avec le poète Jacques Prévert avec lequel débute une relation forte et durable. Conscient de ses insuffisances et poussé par ses « parrains », il suit des cours d’art dramatique. Nous sommes en 1936. L’adolescent Mouloudji a déjà joué dans trois films. Pendant que gronde en Europe la menace fasciste et que l’Espagne est plongée dans la guerre civile, le Front populaire déferle sur la France. Mouloudji se retrouve complètement impliqué dans ce mouvement. Il rejoint les artistes qui se solidarisent des grandes grèves et se produisent dans les usines. C’est l’année aussi où il joue son premier véritable rôle au théâtre dans Le Tableau des merveilles écrit par Jacques Prévert à partir d’un texte de Cervantès.

 

 

Mais la boulimie d’expression de Mouloudji ne peut se suffire d’un art ou deux. Il veut « tout dire » comme l’écrivait Eluard et de toutes les manières. Malgré son jeune âge, il est déjà présent dans plusieurs disciplines, talentueux dans la plupart d’entre elles, naturellement doué. Ses premiers rôles lui ouvrent les portes du cinéma et il est retenu pour de nombreux films qui l’amènent souvent aux studios des Buttes-Chaumont, au-dessus du quartier de son enfance. Il est remarqué particulièrement dans Les disparus de Saint-Agil (1938) de Christian Jacques. Puis la guerre mondiale éclate. Les Allemands occupent Paris. Avec les membres du Groupe Octobre, il se réfugie à Marseille. Echappant de justesse au service du travail obligatoire grâce à son frère, malade, qui passe la visite médicale à sa place, il remonte à Paris où il vit dans une « semi clandestinité ». A-t-il eu alors des liens avec la résistance ? Ou mettait-il tout son engagement dans son art, comme il le fit toujours ? Une autre rencontre l’influence, celle du chanteur Francis Lamarque qui réveille en lui ses premières passions. Il apparaît alors dans les cabarets les plus renommés de Paris et fréquente Saint-Germain-des-Prés où il rencontre artistes et écrivains et fréquente de près Sartre et Simone de Beauvoir.

 

 

A la Libération , il publie Enrico, une autobiographie romancée qui obtient le prix de la pléiade 1944 ! Une autre corde à son arc qui donnera le jour à plusieurs autres ouvrages : En souvenir de Barbarie (1945), Le petit vaincu (1963), Un garçon sans importance (1972), La guerre buissonnière, La Fleur de l’âge, etc. publiés chez Gallimard ou par la petite maison d’édition qu’il a créée et qui porte son nom. Il a 23 ans et le chant l’attire plus que jamais sans qu’il ne renonce à sa carrière d’acteur, devenant même une petite vedette de l’époque. Mais il choisit ses films, privilégiant la qualité et refusant les ouvertures du cinéma commercial. Il est remarqué dans Boule de Suif (1947) de Christian Jacques et surtout Nous sommes tous des assassins (1952) d’André Cayatte. Au total, il aura joué dans près de 50 films et documentaires, dont, chose rare, sept où il interprète son propre personnage ! En tant qu’acteur, il fait ses dernières apparitions au cinéma en 1958 avec Rafles sur la ville de Pierre Chenal et un film hispano-suédois, Llegaron dos hombres.

 

 

Interdit d’antenne

 

 

C’est à travers la chanson qu’il creusera son image d’artiste et l’essentiel de sa carrière polyvalente. Son répertoire va se construire d’abord sur l’interprétation et surtout à partir des textes de Boris Vian et Jacques Prévert. En mai 1954, il est le premier à chanter Le déserteur au Théâtre de l’Œuvre, à Clichy, le jour même de la prise de Dien-Bien-Phu par l’armée vietnamienne. Les milieux de droite et d’extrême droite ne le lui pardonneront pas et quand éclate la guerre de Libération nationale en Algérie, six mois après, on ne manquera pas d’évoquer ses origines. La chanson est interdite d’antenne. Il avait pourtant, avec l’accord de Boris Vian, changé l’apostrophe, remplaçant Monsieur le Président par Monsieur qu’on nomme grand. De même, sur sa proposition, la fin « Prévenez vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer » était devenue « … que je n’ai pas d’arme et qu’ils pourront tirer ».

 

 

Tout au long de sa carrière, il connaîtra d’autres censures, plus pernicieuses et plus efficaces aussi. Mais les déboires du Déserteur lui gagnent la sympathie et l’admiration d’un public fidèle qui a déjà apprécié ses propres créations puisqu’en 1953, il avait déjà obtenu le Grand prix du disque avec sa chanson-phare Comme un p’tit coquelicot. Lauréat aussi du Prix Charles-Cros en 1952 et 1953, il est aux premières loges du succès. Et, en 1954, sa chanson Un jour, tu verras obtient un succès considérable. Ses engagements politiques et son refus de céder aux obligations du show-business viennent contrecarrer son élan. Il quitte la compagnie Vogue en 1961 pour fonder sa propre maison de production, une simple coopérative créée avec des artistes. Il encourage la chanson à texte et c’est lui qui lance Graeme Allwright, jeune néo-zélandais qui chante en français. L’industrie du disque le broiera avec la complicité des médias et des distributeurs et Mouloudji tombe dans l’oubli et se voit obligé de chercher d’autres sources de subsistance comme un salon de coiffure en 1966 !

 

 

Avec les évènements de Mai 1968, il réapparaît comme à ses débuts en chantant gratuitement dans les usines en soutien aux ouvriers. Il enregistre alors plusieurs disques militants : les chants de la Résistance , ceux de la Commune de Paris de 1871… Il reprend Allons Z’enfants de Boris Vian, écrite en 1952 et aussi antimilitariste. En 1974, il participe au gala de soutien au peuple chilien. Et son public s’élargit à de plus jeunes spectateurs. Il écrit à nouveau, sort d’autres chansons et notamment Le bal du temps perdu, Grand prix du Disque 1977. Il triomphe à l’Olympia en 1975. Mais on ne lui laisse que les succès de scènes car on ne peut empêcher ses admirateurs d’aller l’écouter ce qui l’oblige à multiplier les tournées jusqu’à l’épuisement. Les médias l’ignorent et surtout les radios et les télévisions dont le silence limite la promotion de ses disques. Cet étouffement le mine et il reprend l’écriture et la peinture, un autre de ses violons d’Ingres. Il a 70 ans quand il sort courageusement un dernier album malgré une pleurésie qui handicape sa voix. En 1994, il donne deux récitals avant de rendre l’âme le 14 juin 1994, sans avoir pu achever ses mémoires…. Dans le village de son père, dans la vallée de la Soummam , le tout petit et méritoire musée consacré à l’histoire locale lui réserve avec fierté un cadre avec photo et biographie.

 

 

 

 

Par Mokhtar Bennadri

 

 

 

 

 

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