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Dimanche 30 Mars 2008
























Le cinéma Royal de Mont de Marsan accueille du 02 au 08 Avril, le dernier film de Jean Pierre LLEDO «  Algérie, histoires à ne pas dire » Le samedi 05.04 à partir de 19 heures 30, les débats seront animés par le réalisateur qui sera dans nos murs. Nous espérons que beaucoup de spectateurs saisiront  cette occasion. Nous reprenons deux extraits l’un de Gilles Manceron et l’autre de Benjamin Stora qui donnent un avis sur le film.

 Quant au parallèle suggéré plusieurs fois par Lledo entre la violence des islamistes des années 1990 et celles de certains chefs de maquis du FLN, n’est-il pas trompeur ? Le cinéaste est libre d’exprimer ses impressions et ses associations d’idées, mais on aurait tort, à mon sens, de prendre ce genre de rapprochements au premier degré, comme des analyses d’historien ou de politiste.

Ce film est une belle œuvre cinématographique, qui gagne à être, pour toutes ces raisons, entourée d’explications et de débats lors de ses projections en France, de manière à mieux la contextualiser et à éviter, autant que possible, les réceptions qui pourraient comporter des contresens.

On ne peut que souhaiter le fait que les citoyens et les associations s’en emparent. Et que la parole libre soit laissée aux cinéastes ! Leurs œuvres leur appartiennent ! Qu’ils laissent parler leur sensibilité, nous aident à déconstruire les mythes officiels et à refuser toutes les langues de bois ! Tel est précisément le rôle des artistes et des intellectuels, et, même quand ils se trompent, les citoyens se font un devoir de défendre leur liberté. Nombreux sont les Algériens à vouloir qu’après le Parti unique, on en finisse avec l’Histoire unique. Un pays se grandit à savoir regarder son passé sans complaisance. Et toutes les questions sont légitimes, notamment quand il s’agit de s’interroger sur les limites et sur les risques de la violence en politique, même quand celle-ci, comme lors de la guerre d’indépendance algérienne, est légitime et inévitable.

« Algérie, histoires à ne pas dire » est un beau film à ne pas manquer, mais qui gagne à faire l’objet de débats, quitte à ce qu’ils soient l’occasion de mettre en cause librement certains de ses choix, et, surtout, afin de lui épargner le risque de servir à conforter d’autres mythes et d’autres visions fautives de l’histoire.

Gilles Manceron

Le point de vue de Benjamin Stora, dans « La guerre des mémoires » par Thierry Leclère, Télérama, 8-14 mars 2008

Depuis sa sortie en salles, la semaine dernière, « Histoires à ne pas dire » suscite la polémique. Ce film concentre les critiques de plusieurs grands historiens de la guerre d’Algérie. Le documentaire de Jean-Pierre Lledo se présente pourtant comme un film dérangeant et courageux : il prétend fouiller les zones d’ombres de la guerre d’Algérie, lever des tabous et ferrailler là où ça fait encore mal. Tout au long de son film, le réalisateur se met en scène en tant que juif algérien exilé en France. Il est inconsolable, car son rêve d’Algérie où musulmans, chrétiens et juifs cohabiteraient n’est plus qu’un fantôme. Sa caméra questionne des Algériens sur les attentats et les violences du FLN, et s’attarde, pour l’essentiel, sur les victimes européennes. Les témoignages sonnent vrai et sont souvent très émouvants.

Personne ne conteste le droit d’un créateur à jeter un regard passionnel et subjectif sur le passé. Mais la critique des chercheurs porte essentiellement sur l’absence de mise en contexte : « Le 20 août 1955, l’assassinat à Skikda (ex Philippeville) de 71 européens par le FLN est un moment clé du déclenchement de la guerre d’Algérie. Mais on ne peut pas évoquer cette période en étant allusif sur la répression féroce de l’armée française qui a suivi et qui a fait au moins 12 000 morts du côté algérien » s’étonne l’historien Benjamin Stora qui travaille depuis plus de trente ans sur cette période. « Militaires et civils confondus, la guerre d’Algérie a tué environ dix fois plus d’Algériens que d’Européens. Un film qui manie l’émotion doit faire attention à ne pas jouer avec les faits historiques. » Comment des musulmans ont-ils pu tuer leurs voisins chrétiens ou juifs avec qui ils vivaient en bonne harmonie, s’interroge sans cesse le film ? « C’est un problème récurrent, en France » poursuit Benjamin Stora « On raconte toujours cette histoire par la fin, par la guerre d’Algérie, sans la remettre dans le contexte des cent trente ans de colonisation, faite de cohabitation mais aussi de beaucoup de discriminations et de violences. D’ailleurs le mélange des communautés montré dans le film n’était pas la règle : musulmans et chrétiens se croisaient dans l’espace public mais ne se mélangeaient pas dans la sphère privée. L’absence de mariages mixtes en est la preuve. »

Les autorités algériennes qui ont en partie financé le film bloquent aujourd’hui sa diffusion à Alger. Benjamin Stora le regrette tout en constatant que la polémique autour de ce film est, malheureusement, le reflet de l’air du temps : « Il y a vingt ans, on pensait que l’écriture de l’histoire de la guerre d’Algérie allait enfin rapprocher les mémoires. On aboutit aujourd’hui à l’effet inverse : la guerre des mémoires, sans cesse ré-avivée, creuse le fossé entre les différents groupes et communautés. »

Thierry Leclère

 














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