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Dimanche 06 Juillet 2008

La ZAA rallumée, avait la double mission politique et militaire d’accompagner les Algériens jusqu’à l’indépendance. Il ne s’agissait pas d’un dispositif de combat ainsi que Benyoucef Ben Khedda définissait la première Zone autonome décidée par le Congrès de la Soummam qui avait mené, sous la conduite de Yacef Saâdi, « La Bataille d’Alger ». Sa résurrection visait grâce à une poignée d’officiers de terrain, tous issus de l’ALN, à organiser les populations pour qu’elles se prennent en charge, afin d’administrer leur vie quotidienne. Gérer la capitale, assurer les approvisionnements en denrées alimentaires, dispenser soins, médication, porter secours, maintenir l’ordre, garantir la protection. Il fallait également dissuader, par la riposte ferme, les commandos fascistes déterminés à appliquer la politique de la terre brûlée en espérant en leur for intérieur un soulèvement des Algériens qui ferait capoter les fragiles accords d’Evian et fournirait un prétexte à une intervention militaire massive. Massacrant sans distinction y compris des Européens, en Algérie et en France, semant la confusion dans les esprits, l’OAS a achevé de diviser irrémédiablement l’Algérie en communautés distinctes, séparation largement entamée par la violence de la guerre. Cette organisation de jusqu’au-boutistes a fait aux Européens dont elle réclamait la représentativité, qu’il s’agissait d’une fièvre coutumière et que « le temps béni de l’Algérie coloniale » n’était pas mort, mais qu’il fallait juste en faire payer le prix aux empêcheurs de coloniser en rond. Comme en 1945, comme avant quoi ! Trop tard, dès les premiers jours d’avril, un des plus remarquables exodes du vingtième siècle commençait à partir des rivages d’Algérie.

L’arrestation du général Salan, portant une moustache de théâtre et les cheveux teints, le 20 avril 1962, au cinquième étage du 23 rue Desfontaines à Alger, sur renseignements fournis à l’administration française par la ZAA, qui les tenait d’une femme de ménage membre de ses réseaux de renseignements, va décupler la férocité et la terreur. Réfugiés dans les quartiers populaires où elles se sont regroupées, et où elles ont organisé leur autodéfense sous le conduite des fidayîn de la ZAA, les Algériens demeuraient néanmoins individuellement vulnérables. C’est ainsi que les tueurs des commandos Delta s’en sont pris aux femmes de ménage, aux pompistes, etc., c’est-à-dire qu’ils ont frappé sur les lieux du travail. Le 2 mai au matin, à l’heure à laquelle les dockers se pressent devant les grilles du port dans l’espoir de décrocher un jeton qui leur fournira une paie journalière, un camion bourré de ferraille explose dans un bruit d’enfer et foudroie 70 malheureux dont le seul crime était d’avoir un impérieux besoin de travailler. Ecœurés et excédés par tant d’horreur accumulée, les Algériens des quartiers de La Casbah, du Climat de France résolus à en découdre ont voulu déferler sur les quartiers européens. Le pire fut évité par les cadres de la ZAA qui ont contenu la colère du peuple d’Alger et désamorcé son désir de vengeance. Le 14 mai, avec l’énergique riposte des fidayîn de la ZAA, la peur change de camp. « L’action ne dure pas plus de dix minutes. A bord de chacune des voitures de la Zone, sont montés trois fidayîn. L’un lance six grenades ; les deux autres armés de pistolets mitrailleurs, rafalent les cibles. Bilan officiel de la délégation générale : dix-sept membres influents de l’OAS tués et trente-cinq blessés, dans les repaires où ils se croyaient à l’abri. On peut multiplier par trois ce chiffre…

Les pieds-noirs sont sidérés de constater l’incapacité des chefs de l’OAS à protéger leurs propres postes de commandement ». Au regard de tout ce qui précède, on a du mal à comprendre ce curieux épisode que constituaient ce qu’on désignait par « accords FLN-OAS ». C’est le président de l’Exécutif provisoire Abderrahmane Farès, qui « redoutait, écrit-il, un affrontement sanglant entre les populations » (quelle neutralité !). C’est donc lui qui a pris l’initiative d’entrer en contact avec le chef des réseaux terroristes Jean-Jacques Susini. Ainsi, l’a-t-il rencontré et a engagé avec lui d’étranges négociations sur des chapitres déjà réglés par les accords d’Evian. Que pouvait donc offrir M. Farès aux assassins ou inversement ? La rumeur, entretenue par les ultras disait qu’ils avaient placé Alger sur un véritable volcan qui peut entrer en éruption au moment choisi par eux, ce que dément énergiquement le commandant Azeddine (voir entretien). Mais, par-delà le mystère qui entoure cette incompréhensible incohérence, on ne peut partager le sentiment de Farès lorsqu’il écrit de Jean Jacques Susini : « Je le sais intelligent et passionné », et lorsqu’il évoque « l’éloquence passionnée » de ce salaud, laquais de la mort.

On ne peut dire à ce monstre sur deux pattes qui a inspiré l’extermination de tant de personnes : « Vous êtes nationalistes algériens à votre manière ». 2200 vies ont été arrachées, chiffre officiel communiqué par l’administration française encore en place entre le 19 mars et la veille de l’indépendance. 2200 morts en moins de trois mois ! 25 morts par jour ; un mort par heure ! Avec des pics de 100 par jour. Et Dieu sait que les chiffres qui ont été communiqués à l’époque étaient loin de traduire la réalité. On ne peut servir du « Mon colonel » à quelque macabre tâcheron comme Gardes. Mais le plus écœurant dans toute cette tragédie, c’est que de l’autre côté de la Méditerranée tous ces terrifiants personnages ont été élevés au rang de héros. Chacun y a sa placette, son square, sa rue, son jardin, dans des villes, des villages, comme un pied de nez à l’histoire.

Amazitb1@yahoo.fr

Sources. — Saâd Dahlab. Pour l’indépendance de l’Algérie. Mission accomplie. Editions Dahlab. Alger - 1990. —Cdt. Azzedine. Et Alger ne brûla pas. ENAG Editions. Alger - 1997. —Remi Kauffer. OAS. Histoire d’une organisation secrète. Fayard. Paris - 1986. — Axel Nicol. La bataille de l’OAS. « Les 7 couleurs ». 1963. — Abderrahmane Farès. La cruelle vérité. Mémoires politiques. 1945-1965. Plon. Paris - 1982. — Mohamed Yousfi. L’OAS et la fin de la guerre d’Algérie. Editions ENAL. Alger - 1985.

 

Par Boukhalfa Amazit

 

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